Le turc (türkçe) en Grèce (ne concerne que la minorité de Thrace occidentale)
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Research Centre of Multilingualism
Le turc (türkçe) en Grèce
(ne concerne que la minorité de Thrace occidentale)
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

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2. La langue dans le pays où elle est parlée

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2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

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2.2. Description géographique, démographique et linguistique

Les lieux d'installation de la population turcophone aujourd'hui ont peu changé depuis le début du siècle.

Dans le département du Rhodope, on rencontre des villages turcophones dans toute la plaine et jusqu'au pied de la chaîne montagneuse du Rhodope qui, historiquement, est occupé par les populations slavophones (pomakophones). Deux principales "enclaves" turcophones, où la concentration de population était jadis importante, s'intercalent dans la zone de la slavophonie: la première comprend la zone située au nord de Polyanthos jusqu'au village de Sima et est en fait inhabitée. La seconde comprend la région qui s'étend depuis le village de Paterma jusqu'à Drania et à la bourgade d'Organi. Une partie importante de la population réside dans la ville de Komotini et à Sapes.

Dans le département de Xanthi, les installations historiques de population turcophone étaient peu nombreuses. Aujourd'hui, on trouve des turcophones dans toute la zone de plaine, ainsi que dans les villes de Xanthi et de Genissea.

Dans le département de l'Evros, la plupart des installations turcophones sont situées à l'ouest du département, avec une concentration plus marquée à l'extrêmité sud-ouest. On rencontre également des villages épars dans tout le département. Quelques autres turcophones -des Tsiganes dans leur grande majorité- séjournent en outre à Alexandroupoli et à Didimotiho.

Un nombre important de turcophones, essentiellement des Tsiganes, sont installés dans le bassin de l'Attique, à Thessalonique ainsi que dans d'autres régions. Cet état de choses résulte de la politique d'incitation à la migration volontaire de musulmans de Thrace, mise en oeuvre par l'administration dans les dernières décennies.

Si l'on se réfère au mode de classification le plus largement répandu, le turc de Turquie ou ottoman appartient au groupe sud-ouest des langues turques. Les variétés dialectales qui sont parlées en Thrace occidentale relèvent du groupe dialectal européen. A l'instar d'autres groupes linguistiques en pareil cas, le turc de Thrace a subi une certaine influence du grec, notamment au niveau lexical. Ces dernières années, les parlers locaux en Thrace perdent du terrain au profit du turc officiel.

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2.3. Histoire générale de la région et de la langue

Contrairement à toute autre langue minoritaire en Grèce, la langue turque présente une spécificité d'une importance exceptionnelle. Elle constitue en effet l'unique langue minoritaire reconnue de jure qui soit parlée sur le territoire grec par la seule minorité religieuse également reconnue légalement: la minorité musulmane de Thrace occidentale. Ce paradoxe, à savoir l'institutionnalisation d'une langue minoritaire pour une minorité religieuse qui est constituée de trois groupes linguistiques et culturels (parlant le turc, le pomak et le romani), est une source continuelle de confusions et de conflits dans les relations entre les minorités et l'administration, conflits sur lesquels nous reviendrons dans la suite de cet exposé.

La Thrace qui, linguistiquement parlant, avait été hellénisée et latinisée fut soumise, au même titre que toute la région située au sud du Danube, aux incursions et aux installations slaves. La rivalité entre Byzantins et "Bulgares" pour la souveraineté sur la région se perpétua durant des siècles. Les premiers installèrent dans toute la Thrace quantité d'Arméniens et de Syriens hérétiques. Sans nous attarder sur la présence dans la région des Petchenègues, des Ouzes et des Koumans dont l'étude est plutôt du ressort des historiens, nous décelons la présence de communautés turques-turkmènes dans la seconde moitié du XIe siècle, période au cours de laquelle est également enregistrée l'installation des nomades yürüks. En 1354, Didymotiho passe aux mains des Ottomans puis, en 1361, c'est au tour de Komotini. Dès 1359, les sources historiques font état d'installations d'ethnies turques, qui arrivèrent en Thrace du fait des Ottomans bien entendu, mais également comme mercenaires des Byzantins ou tout simplement comme émigrants. A partir du XVè siècle, d'importantes populations turkmènes s'installent en Thrace occidentale. A l'époque, les installations numériquement les plus importantes sont celles des Yürüks et des Tatars.

Durant la période ottomane, dans ses premiers temps du moins, on observe également une conversion assez importante (tantôt volontaire, tantôt forcée) de chrétiens à l'Islam. Ainsi, dès le XVe siècle, les musulmans sont majoritaires parmi les habitants de la ville de Komotini.

Relativement tôt, apparaissent aussi les premières données concernant les langues des nouveaux habitants de la région.

Pendant toute la durée de la domination ottomane dans la région, la population musulmane de Thrace occidentale l'emporte sur la population chrétienne. Parallèlement, les migrations se poursuivent sans attteindre toutefois l'intensité des débuts. Bien que les données dont nous disposons soient insuffisantes, il est toutefois établi que la plupart des installations plus tardives d'une population turcophone ont pour point de départ la partie européenne de l'Empire ottoman, et notamment l'actuelle Bulgarie.

Au début de notre siècle, la population musulmane constituait la grande majorité en Thrace occidentale, en particulier à Xanthi et dans le Rhodope. Du fait des guerres balkaniques, mais également de l'annexion de la Thrace à l'Etat grec, une fraction importante de la population musulmane émigre vers la Turquie. C'est en 1920 que la Thrace occidentale est véritablement intégrée à la Grèce. Dans l'intervalle, avait pris place en 1913 un éphémère gouvernement provisoire de notables ottomans (qui devait se maintenir jusqu'à l'arrivée de l'armée bulgare), tandis qu'entre la fin de l'année 1919 et le mois de juin 1920, était constitué à Komotini le "gouvernement turc de Thrace occidentale" dont le siège sera par la suite transféré à Organi.

Depuis lors et jusqu'à aujourd'hui, on enregistre un flux migratoire des membres de la minorité vers la Turquie, flux qui avait tendance à s'accroître chaque fois que les relations gréco-turques étaient en crise. Aujourd'hui, un pourcentage élevé d'individus originaires de la minorité (musulmans de Thrace occidentale) vivent à Istambul et à Bursa.

Les musulmans de Thrace occidentale ont été tenus à l'écart de l'échange obligatoire de populations entre la Grèce et la Turquie, intervenu dans les années 1920. Le statut de la minorité est régi par le Traité de Lausanne signé en 1923.

Aujourd'hui, la population musulmane constitue le tiers environ de la population de Thrace occidentale et elle est concentrée essentiellement dans les départements du Rhopope (un peu moins de la moitié de la population) et de Xanthi, tout en constituant à peine sept pour cent des habitants du département de l'Evros. De nombreuses estimations convergent autour d'un chiffre avoisinant les 120.000 personnes, chiffre qui semble relativement proche de la réalité.

La fraction la plus importante de la population qui pratique l'agriculture et, secondairement, l'élevage est implantée dans des zones rurales. On dénombre également un certain pourcentage d'ouvriers non spécialisés et quelques petits et moyens commerçants.

La position officielle de l'Etat grec sur la minorité de Thrace occidentale, qui découle du Traité de Lausanne, est qu'il s'agit d'une minorité de caractère religieux qui, par voie de conséquence, doit être appelée musulmane. Selon l'interprétation récente de l'administration grecque, la minorité serait constituée de sujets d'origine turque, de Pomaks et de Tsiganes. Ce qui n'empêche que la majeure partie de la minorité a aujourd'hui le sentiment d'appartenir à la nation turque et se définit comme telle.

A noter qu'au début du siècle, l'épithète de "turc" exprimait davantage une appartenance religieuse à l'Islam et à travers celle-ci une parenté culturelle, que la participation à une conscience nationale collective. Cet état de choses est essentiellement imputable à la politique de l'Empire ottoman qui conserva jusqu'au bout une division, du moins formelle, entre chrétiens et musulmans. N'oublions pas que ces derniers constituaient un seul et unique millet, indépendamment de la langue, des dogmes et des Ecoles de tradition coranique qu'ils suivaient ou autres différences. Pourtant, il ne fait aucun doute que les populations musulmanes des Balkans identifièrent dans bien des cas leurs destinées à celle de l'Etat turc, étant donné que la religion fut le substrat idéologique et le critère de la tardive ethnogénèse des musulmans de la région. Ainsi, l'échange de populations entre la Grèce et la Turquie fut exclusivement fondé sur le critère religieux, ce dernier reflétant néanmoins dans une large mesure les affinités des populations en faveur d'une nation existante ou en voie d'édification.

On conçoit donc aisément, et nous reviendrons plus en détail sur ce point, que cet état de choses ait pu contribuer au déclin du pomak et du romani, et à la consolidation du turc comme langue dominante au sein de la minorité. Le terme de minorité turque-musulmane qui fut utilisé par certains milieux de la minorité elle-même durant la dernière décennie, était censé exprimer avec pertinence la tendance linguistique et culturelle qui prévaut au sein de la population. La fraction la plus importante de la population s'aligne sur les modèles culturels de la Turquie contemporaine. Au demeurant, l'endogamie perdure au sein des trois groupes culturels. Du reste, il y a beau temps déjà que les élites de la minorité reproduisent les comportements des classes moyennes de Turquie, une attitude qui se répercute sur l'ensemble de la population. La langue turque fonctionnait depuis longtemps comme une langue auréolée de prestige social au sein de la minorité. Ainsi, il est inconcevable pour un homme d'affaires slavophone pomak de Komotini de parler pomak à ses enfants. Ce qui est bien sàr à mettre en corrélation avec le statut socio-économique de la population turcophone qui était dans une large mesure -et demeure encore aujourd'hui- supérieur à celui de la population slavophone (pomakophone) et des Tsiganes.

C'est cettte stratification, profondément enracinée dans les mentalités, qui régit aujourd'hui encore la minorité. Dans la conscience de tous ses membres, le Turc se situe en haut de l'échelle sociale de la minorité, le Pomak au milieu et le Tsigane tout en bas.

Deux autres facteurs ont largement contribué à cette expansion de la turcophonie: la consécration du turc comme langue unique dans l'enseignement pour l'ensemble de la minorité -il va sans dire que le grec est également enseigné- et le fait que les Pomaks soient complètement coupés de la langue et de la culture bulgares officielles.

L'accroissement numérique de la population turcophone au détriment des deux autres idiomes est constant. Ce processus qui s'était enclenché depuis une époque relativement lointaine s'est accéléré après la Seconde Guerre Mondiale. Quant aux variétés dialectales bulgares des villages de montagne, elles ont connu un recul important, du fait entre autres de la migration constante vers Xanthi, Komotini et les villages turcs de la plaine.

Il convient de noter qu'une grande partie de la population que la minorité elle-même et l'administration désignent comme Tsiganes (Çingene) parle le turc. Il est clair que le turc est la langue maternelle de certains d'entre eux depuis plusieurs générations. La grande majorité des locuteurs du romani est concentrée dans le département de Xanthi. Dès le XVIè siècle, nous avons des références explicites à des Tsiganes musulmans implantés en Thrace occidentale.

Les Turcs-musulmans de Rhodes et de Kos constituent un groupe entièrement distinct. Après la cession par l'Italie du Dodécanèse à la Grèce en 1947, un petit nombre de Turcs musulmans continue à séjourner dans les deux îles en question. Une première vague quitte Rhodes et Kos en 1947-48 et, selon le recensement de 1951, qui en l'occurrence reflète bien la réalité, la population dans les deux îles se monte alors à 5.000 âmes. Suivit une seconde vague d'émigration massive vers la Turquie en 1974 et une adhésion au christianisme, à petite échelle. Ainsi, aujourd'hui, la population ne dépasse pas 1.000 habitants à Kos (la plupart résidant dans le village de Platani) contre 3.000 environ dans l'île de Rhodes o w la majorité des habitants résident dans la vieille ville et dans les villages avoisinant la capitale. Les écoles où l'enseignement était dispensé en langue turque ont été fermées dès 1967. Les communautés peuvent toutefois capter plusieurs chaînes de télévision et stations de radio turques. L'intégration complète aux sociétés de la région qui vivent du tourisme, explique en partie pourquoi la minorité ne revendique pas un enseignement en turc. La langue continue à être parlée par la majorité des membres de la communauté -autrement dit, ceux dont elle constitue la langue maternelle-, ce qui est notamment imputable au degré élevé d'endogamie et à la permanence des relations avec la parenté, dont la majorité réside sur la rive turque opposée. Nous ne disposons pas d'informations sur la variété dialectale du turc qui y est parlé.

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2.4. Statut juridique et politique officielle

En 1990, le gouvernement grec a reconnu par la bouche de son premier ministre qu'il existait un régime de discriminations administratives au détriment de la minorité. Une constatation à laquelle adhère une grande partie de la classe politique. Depuis lors, ce statut s'améliore progressivement.

Nous nous référerons ici à un certain nombre de cas qui sont en relation avec l'usage de la langue. En 1992, un instituteur de la minorité, membre de l'"Association des maîtres des écoles minoritaires du département de Xanthi" fait l'objet d'une condamnation administrative, pour avoir transmis un communiqué de ladite association en turc. Toujours en rapport avec la langue, signalons la mise à pied d'un instituteur qui avait fait usage d'anciens toponymes dans des documents officiels.

Au tribunal, il existe un certain nombre de postes d'interprètes de turc agréés. Toutefois, seul celui de Xanthi est rétribué. En règle générale, lorsque l'on a besoin d'un interprète au tribunal -ce qui n'est pas rare- on fait appel à l'un ou l'autre des assistants. Les procédures ne sont pas très conformes à la loi et, certaines fois, des points que l'interprète n'a pas jugés importants sont omis dans la traduction. Nous ne saurions pour autant affirmer que la pratique judiciaire -en ce qui concerne la procédure- s'exerce au détriment des turcophones ou plus généralement des citoyens musulmans.

Signalons enfin qu'en cas d'élections, dans les circonscriptions où votent des électeurs musulmans, que ce soit en Thrace occidentale, à Rhodes ou à Kos, des interprètes sont présents pour assister les électeurs.

En Grèce, on dénombre trois müftülüks, à raison d'un par département de Thrace. Les muftis sont habilités à juger les questions de droit familial et successoral, en ce qui concerne les musulmans de Thrace. Ces affaires sont jugées devant le cadi. C'est la langue turque qui est utilisée dans la procédure orale, comme dans les jugements écrits. Du reste, nombre de documents qui sont rédigés dans les müftülüks sont en langue turque; quant aux avis qui sont affichés dans les mosquées, ils sont toujours en turc.

En 1992, le député indépendant de la minorité, A. Sadik, pose comme revendication que l'usage du turc soit institutionnalisé pour le rapport aux autorités.

Le turc est absent de tout usage officiel -public ou non- qui est fait de la langue, orale comme écrite. Ainsi, tous les panneaux dans les rues, les hôpitaux, etc. sont écrits uniquement en grec. De même, les notices explicatives fournies par les divers services publics sont rédigées exclusivement en grec.

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3. Présence et usage de la langue par domaine

3.1. Enseignement

Ces dernières années, l'enseignement est devenu la grande question qui retient toute l'attention de l'administration et de la minorité et qui constitue le principal terrain de confrontation entre celles-ci. Si le Traité de Lausanne pose le cadre, ce n'est en fait que depuis 1950 que nous pouvons parler d'un enseignement proprement dit et des réglementations législatives correspondantes. En 1951, est signé l'Accord culturel Grèce-Turquie, et en 1952 est fondée à Komotini le collège Celal Bayar. Après 1955, les écoles recrutent progressivement des enseignants "chrétiens" pour l'enseignement de la langue grecque. En 1954, les problèmes relatifs à l'éducation de la minorité sont réglementés par une série de lois. En 1968, est signé entre les deux Etats un protocole culturel qui règle, encore qu'avec bon nombre d'imprécisions, un certain nombre des questions qui ont surgi. En 1969, est fondée à Thessalonique l'"Ecole normale spéciale" dans laquelle seront ensuite formés pratiquement tous les enseignants de turc de la minorité. Deux lois datant de 1977 définissent depuis lors des questions d'éducation ponctuelles mais capitales. Depuis 1991, l'évolution, dans un sens favorable, du climat se reflète également dans l'éducation, même si une série de problèmes importants attendent encore d'être résolus.

En Thrace, il n'y a pas d'écoles maternelles, dans lesquelles la langue de communication serait le turc.

Aujourd'hui, y sont opérationnelles environ 245 écoles primaires de la minorité, qui regroupent environ 11.800 élèves. Le nombre des élèves musulmans qui fréquentent des écoles du premier degré non minoritaires est quasi-inexistant (autour de 1%), exception faite des élèves qui résident hors de la Thrace occidentale et qui n'ont pas d'autre choix. Le système de diglossie (turc-grec) qui est en usage est considéré, en tant que modèle, comme l'un des plus efficaces. L'horaire des cours dispensés en grec et en turc est à peu près équitablement réparti dans les six classes de l'école primaire. A commencer par l'état inadmissible des locaux qui abritent les écoles des minorités, une série de problèmes se posent aujourd'hui et donnent lieu à des conflits entre l'administration et la minorité. Le plus préoccupant, à notre sens, est la formation insuffisante des maîtres. Les instituteurs "chrétiens" n'ont reçu aucune formation pour enseigner le grec à des allophones, et particulièrement à des élèves turcophones. Quant aux instituteurs "musulmans", ils sortent dans leur grande majorité de l'"Ecole normale spéciale" de Thessalonique, où leur a été dispensée une formation trop sommaire de deux années. L'administration grecque a fait entrer dans cette Ecole essentiellement des étudiants qui avaient suivi une scolarité de cinq ans dans un établissement religieux (medrese). Auquel cas, ceux qui sont admis fréquentent l'Ecole normale spéciale pendant trois ans. Une autre question tout aussi préoccupante est celle des manuels scolaires. Pour les cours qui sont dispensés en turc, les élèves disposent de manuels turcs datant des années 1950. Les gouvernements de chaque pays se rejettent mutuellement la responsabilité de cette absence d'instruments de travail modernes; pourtant, ces dernières années, le gouvernement grec a fait imprimer des manuels modernes de langue turque pour les trois premières classes de l'école élémentaire, une démarche qui s'est heurtée à de vives réactions de la part de la Turquie et d'une fraction importante de la minorité.

Un nombre important d'élèves, notamment des filles et en général des enfants venant de villages, ne vont pas au bout du cycle de scolarité obligatoire (9 ans). Lorsqu'ils quittent l'école primaire au bout de six ans, la plupart d'entre eux n'ont qu'une connaissance limitée de la langue grecque.

Un pourcentage avoisinant les 60-70% qui accède au second degré se rend en Turquie. Quant aux autres élèves, ils se répartissent entre les collèges publics, les deux medrese et les deux collèges-lycées de la minorité. La présence d'élèves pomaks est plus forte dans les deux premiers types d'établissements. Dans les collèges publics, le turc n'est pas du tout enseigné. Le nombre d'élèves qui se voient offrir la possibilité de fréquenter les collèges de la minorité est extrêmement restreint.

Jusqu'en 1996, tous les étudiants de la minorité qui accédaient à l'enseignement supérieur fréquentaient des universités et des établissements techniques supérieurs turcs. Quelques uns poursuivaient néanmoins leurs études dans ce qui équivaut aux IUT en Grèce. En 1996, pour la première fois, 39 élèves musulmans ont été admis dans des universités et des IUT, aux termes d'une loi spécifique qui prévoit que 200 places (soit 2%) dans ces établissements seront occupées par des musulmans. Cette mesure d'avant-garde au regard des données de l'enseignement grec, a été accueillie avec circonspection par la minorité. Il est caractéristique à cet égard que moins de 50 élèves aient fait une demande d'admission dans une université.

Des études réalisées ces dernières années soulignent que l'échec des élèves des minorités est à mettre en corrélation avec le statut socio-économique de la minorité, ainsi qu'avec un certain nombre de traits culturels et de coutumes spécifiques découlant essentiellement de la place privilégiée qu'occupe la religion dans la vie de la communauté.

Personne ne songerait à nier aujourd'hui -pas même le ministère de l'Education nationale- que l'enseignement de la minorité était et est encore dévalorisé et qu'il appelle des réformes radicales. Il est révélateur à cet égard que les trois députés musulmans qui ont été élus aux élections législatives de 1996 fassent de l'éducation la question majeure à l'heure actuelle. Il convient de noter toutefois que depuis 8 à 10 ans, l'éducation est devenue le terrain d'une rivalité entre les deux Etats et qu'elle est utilisée comme un indice d'influence de la minorité par la partie turque.

Des propositions et des idées en vue d'apporter une solution aux problèmes ont été suggérées par la minorité elle-même, que ce soit par le biais de divers représentants ou des deux partis de gauche, le Parti communiste grec et le Synaspismos (Coalition de la Gauche et du Progrès).

Dès 1991, le premier ministre de l'époque avait promis de revaloriser l'"Ecole normale spéciale" et de la transformer en un cycle universitaire sur quatre années, en l'alignant sur les autres filières de formation des enseignants. A partir de 1991, on note un certain effort pour revaloriser le niveau de l'enseignement de la minorité, effort qui est toutefois jugé insuffisant. Depuis deux ans, le projet d'ouverture d'écoles transculturelles est à l'étude.

Notons pour finir que dans aucune université il n'existe de département de langue et de littérature turques. La langue et la littérature turques contemporaines ne sont en fait enseignées qu'à l'Université Ionienne (à Corfou).

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3.2. Autorités judiciaires

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3.3. Autorités et services publics

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3.4. Mass médias et technologies de l'information

A l'exception d'un bulletin quotidien d'informations de cinq minutes en turc, qui est diffusé par la station de radio de Komotini, aucune autre émission dans la langue de la minorité n'est diffusée par une instance officielle. Toutefois, la mairie de Komotini retransmet depuis six ans maintenant une chaîne privée turque.

Aujourd'hui, de nombreux foyers et pratiquement tous les cafés dans les villes et les villages captent toutes les grandes chaînes turques, grâce à une antenne parabolique.

En outre, plus de 6 stations privées émettent en turc. Les programmes comportent essentiellement de la musique turque, encore que des chaînes à vocation religieuse soient également présentes.

Une dizaine de journaux et de revues en turc sont en circulation. Il s'agit pour la plupart d'hebdomadaires et tous ne sont pas affichés à la vente mais sont distribués à titre privé. L'une de ces revues est destinée aux enfants et une autre est de caractère religieux. La presse turque n'est pas distribuée en Thrace occidentale, alors que deux journaux sont en vente dans toute la Grèce avec le reste de la presse étrangère.

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3.5. Production et industries culturelles

La production culturelle dans tous les domaines est pauvre. Le fait que l'Etat ne fasse rien pour l'encourager n'est pas ici seul en cause; le peu d'empressement des communautés elles-mêmes à participer à la création culturelle entre également en ligne de compte. On le constate également à l'évidence au niveau de la culture populaire. Les convictions religieuses des communautés peuvent également être considérées comme un facteur négatif pour expliquer cette absence de participation. D'une part, les caractéristiques culturelles spécifiques locales des turcophones s'éteignent, essentiellement parce qu'elles ne sont pas conformes aux "idéaux" culturels qui prévalent en Turquie. De l'autre, seule une petite élite au sein de la minorité participe aux biens de la culture turque non populaire. Une infime fraction de cette élite "se sent des affinités" avec la culture grecque ou une autre culture.

Quoi qu'il en soit, une revue littéraire mensuelle est publiée. Seules deux ou trois publications littéraires ont fait leur apparition, ces dernières années. Notons enfin la parution en 1994 d'un recueil de chansons traditionnelles de la région.

Des Tsiganes turcophones de Komotini essentiellement ont diffusé des cassettes de chansons traditionnelles ou plus modernes.

Les différentes associations de la minorité semblent peu soucieuses de valoriser la culture locale des turcophones. Les cultures locales des autres groupes de la minorité, Tsiganes turcophones compris, sont exclues de ce processus.

En Turquie, des ouvrages littéraires d'auteurs originaires de Thrace occidentale sont édités et les associations de Thrace occidentale sont relativement actives. Il en va de même pour les associations qui existent en Allemagne. Mais, d'une manière générale, on pourrait dire que dans leur action l'élément culturel cède le pas à l'élément national.

Les cassettes et les vidéo-cassettes venues de Turquie qui sont vendues massivement en Thrace occidentale connaissent une très large diffusion dans toutes les catégories socio-économiques de la minorité.

Ces deux dernières années, se fait jour au sein des instances officielles une tendance à promouvoir la culture populaire de la minorité. Toutefois, la culture des turcophones n'a été que fort peu valorisée, le souci fondamental des autorités en question étant de garantir que les Pomaks et leur culture constituent un élément distinct de la minorité.

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3.6. Le monde des affaires

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3.7. Usage familial et social de la langue

La population de la minorité parle le turc sans se heurter à aucune tracasserie pas plus du côté de l'administration que de la population grecque. Dans bien des cas cependant, les locuteurs qui ne connaissent pas le grec ou n'en ont qu'une connaissance limitée sont perçus de façon négative, notamment par les fonctionnaires de l'administration. Un pourcentage assez élevé de grécophones, notamment dans les tranches d'âge supérieures, ont une connaissance, ne serait-ce que limitée, du turc. Il n'est pas rare d'entendre un turcophone s'adresser en turc à un grécophone. C'est le cas notamment dans le département du Rhodope, où une fraction importante d'hommes âgés de 50 à 60 ans et de femmes de tous âges sont monolingues. Les turcophones des centres urbains ont une certaine connaissance du grec. Dans les villages, on rencontre des femmes monolingues, y compris dans la tranche d'âge des 20 ans.

L'endogamie au sein de la minorité avoisine les cent pour cent. Il existe en outre une endogamie relativement stricte entre les trois groupes de la minorité. Un mariage entre Turcs et Pomaks implique jusqu'à l"interdiction" de l'usage de la langue pour les seconds; en revanche, les mariages entre Turcs et Tsiganes, fussent-ils turcophones, sont quasiment inexistants.

La tranche d'âge des plus de 50 ans qui ignore la langue turque officielle et ses évolutions a des difficultés à la comprendre. Il est relativement malaisé pour les sujets de cet âge de suivre un bulletin d'informations de la télévision turque par exemple.

Ces dernières années, les variétés dialectales perdent du terrain par rapport à la langue officielle. Entre autres facteurs, nous retiendrons l'abandon de la langue pomaque-bulgare par la jeune génération des locuteurs qui se tourne vers l'identité nationale turque et adopte la langue turque officielle .

Dans de nombreux cas, on voit apparaître des communiqués, des brochures publicitaires et autres publications en turc, sans que cela occasionne de tracasseries de la part de l'administration. Les candidats des partis politiques, tels que le PASOK et la Nouvelle Démocratie, publient avant les élections des communiqués en turc. En revanche, dans d'autres cas, comme par exemple les enseignes, il semble qu'un "accord tacite" ait été conclu pour qu'elles ne figurent pas au-dessus des magasins.

Dans un grand nombre de manifestations sociales et de fêtes, on entend des chansons turques. Des manifestations théâtrales ont également lieu, interprétées par des acteurs locaux ou par des Turcs.

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3.8. Echanges transfrontaliers

La minorité entretient avec la Turquie des contacts nombreux et fréquents. Cela est vrai surtout des Turcs qui, du fait de leur statut social et économique plus confortable, se rendent plus fréquemment en Turquie. Du reste, on ne trouve pratiquement aucune famille de la minorité qui n'ait pas de parents en Turquie. Rappelons que la majeure partie des élèves de l'enseignement secondaire fait ses études en Turquie. Jusqu'à une date récente, il en allait de même pour l'enseignement supérieur. Il convient de signaler ici qu'une fraction plutôt importante de la minorité dispose d'une maison en Turquie, et que certains ont également investi leur argent là-bas.

Néanmoins, la minorité se tient à l'écart des rares échanges culturels officiels entre les deux Etats.

Les Turcs de Thrace occidentale installés à demeure en Turquie effectuent de fréquentes visites en Grèce, du moins ceux qui conservent des liens avec leur pays d'origine.

L'application discriminatoire de l'article 19 du Code de nationalité hellénique au détriment de la minorité constitue un sérieux obstacle à ces va-et-vient, ainsi qu'au droit pour un individu de quitter librement le territoire de l'Etat et d'y revenir. Il est révélateur que cet article, bien que prévoyant la perte de la nationalité hellénique pour les "allogènes" -notion incompatible avec le droit grec- qui quittent le pays sans intention de retour, sanctionne en fait dans la pratique des individus qui appartiennent à une minorité de caractère religieux. On voit continuellement des membres de la minorité recourir aux tribunaux grecs pour recouvrer leur nationalité.

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4. Conclusion

La langue turque en Thrace présente une particularité. Non seulement elle ne "perd" pas de locuteurs de la langue officielle, mais elle "gagne" des locuteurs de deux langues périphériques.

Exception faite d'un petit nombre de Tsiganes turcophones, tous les autres locuteurs n'estiment pas que l'usage étendu et exclusif qu'ils font de la langue turque au quotidien soit pour eux source de quelconques problèmes. En revanche, nombreux sont ceux qui considèrent qu'ils ne sont pas des locuteurs compétents du turc officiel et qu'ils ont de cette langue une connaissance insuffisante. Nous pourrions dire que dans le département du Rhodope à tout le moins, une fraction importante de la population donne la priorité à l'acquisition de la langue turque officielle -"correcte"- sur l'apprentissage du grec, dans la mesure où elle juge que son dialecte est inférieur. En fonction de la région et du statut socio-économique, la concurrence entre le turc et le grec aboutit à des résultats variés.

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